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Ladrog Eroinn Dan Moris: James Kanamwanje Enn Veritab Servo “Kapav li mem BIG BOSS ki mars avek bann avocat”

C’est de la prison centrale que s’organise le trafic d’héroïne. Un cerveau ougandais alimente les trois plus gros trafiquants de Maurice. Ces “grossistes”, avec l’appui de quelques hommes de loi, gèrent leurs trafics et millions et contrôlent, à distance, leurs lieutenants, tels Ashish Dayal…

Il a un regard d’acier et il officie dans l’ombre. Son nom ne vous dira rien, mais il pourrait bien être notre ennemi public numéro Un! À cause de lui, de son influence, de son réseau régional, le trafic d’opiacés à Maurice a pris des proportions alarmantes, probablement jamais atteintes depuis les années 1980, au temps des Amsterdam Boys. Lui, c’est James Mukusa Kanamwanje, la quarantaine fraîchement entamée. Il est Ougandais de naissance, mais il a ses nombreuses entrées à la prison centrale de Beau- Bassin, où il vivait «à son aise», comme chez lui dans sa banlieue de Kampala, tellement tout lui était autorisé. Kanamwanje est le lien vivant entre les trois plus gros trafiquants mauriciens et un réseau d’avocats mauriciens.

Arrêté en août 1996 pour importation d’héroïne, Kanamwanje a su transformer son emprisonnement «à vie» (réduit plus tard à une peine bien moins longue…) en un solide investissement en or, qui brasse aujourd’hui des centaines et des centaines de millions de roupies, en faisant du trafic d’héroïne – un commerce juteux et régional. Un argent sale, en abondance, qui corrompt pratiquement tout sur son passage: officiers des services pénitentiaires (une enquête a été lancée sur plus d’une trentaine d’entre eux), skippers, policiers, avocats et avoués (des jeunes et des seniors!).

Les premières auditions des hommes de loi, soupçonnés d’être mêlés, de loin ou de près, au business de la drogue auront lieu d’ici une quinzaine de jours, indique-t-on du côté de la commission. Avant, il y a toute une série de «background checks» à faire. Ceci implique la vérification des comptes bancaires, l’examen des appels téléphoniques ou des casiers hypothécaires, le travail d’«intelligence» sur le terrain. «C’est un travail minutieux. Il faut faire extrêmement attention, car les hommes de loi se partagent des infos, une fois que l’enquête sur eux est lancée, nous dit un enquêteur. Et puis, il y a une étrange omerta.»

Le cas de Kanamwanje est intéressant à plus d’un titre. Il y a eu des cas de Mauriciens qui partaient, souvent en Ouganda ces dernières années, et tous venaient consulter Kanamwanje. « Dans ses dépositions, l’imam Beeharry a lui-même concédé qu’il transportait de l’argent en Ouganda…»

Après notre enquête sur les ravages des drogues synthétiques dans nos villes (publiée le 27 juin 2015), alors même que les autorités tentaient avec difficulté de minimiser la pénétration de ces substances chimiques parmi nos jeunes, nous nous sommes intéressés, cette fois-ci, au trafic d’héroïne et autres drogues dures, dans le sillage des travaux de la commission Lam Shang Leen – dont la suite des auditions donne des sueurs froides à plus d’un membre du barreau.

«Ena lamor ladan. Al guet bann avoka. Ici éna ti marsan, bann-la ki gro palto, ek ki dans devan gro rékin dan prison…»

Entre les murs de la prison centrale, trois noms reviennent sans cesse quand on évoque le trafic de drogue. Siddick Islam, Peroomal Veeren, et Alain Louis Emilien, dit Very Good. Ashish Dayal, témoin de la poursuite contre Gro Derek, est le bras droit de Very Good. Selon un sergent de police, «tout porte à croire que les trois grossistes sont Islam, Veeren et Very Good. Les Ashish Dayal, Gro Derek, Joly sont, eux, de petits lieutenants, travaillant pour l’un des trois».

En l’absence de James Mukusa Kanamwanje, c’est Christopher Kabinda, selon notre source, qui a repris les affaires en main, de la prison centrale, l’oreille souvent collée à un téléphone dont la carte sim a été achetée en Afrique de l’Est…

Si une trentaine d’avocats sont directement concernés par l’enquête initiée dans les prisons dans le cadre de la commission Lam Shang Leen, au moins cinq sont particulièrement vulnérables, en raison de leurs pratiques dignes des réseaux mafieux, et indignes des membres du barreau. Dont deux avocats proches du pouvoir, qui sont devenus étrangement silencieux ces derniers temps, et ce, après avoir vainement tenté une opération de «damage control» dans la presse. Les preuves contre eux sont considérées comme «damning».

Il y a aussi cette jeune avocate, affectée à l’étude d’un avocat notoire, et très proche d’un avocat du parquet. Et enfin un jeune avocat, souvent dans la presse, qui a fait de la défense des gros bonnets de la drogue sa raison d’être… «Je vous confirme que parmi nous ces cinq noms sont parmi ceux qui reviennent le plus quand on évoque les pourris du barreau. Ils ne sont pas les seuls avocats à engranger des millions du trafic d’héroïne, mais ils sont définitivement ceux qui ‘mangent’ le plus. On se demande si ce n’est pas un moyen de financer les partis politiques, car ils font leur job au vu et au su de tous. Mais au Bar Council, on insiste: pas tous les avocats sont des pourris et beaucoup d’entre nous ne veulent pas défendre des trafiquants», fait ressortir un Queen’s Counsel respecté du barreau. «La mafia a infiltré nos institutions et on ne doit plus se voiler la face si on veut vraiment changer la donne», nous a-t-il dit…

Le nombre record de visites à Kanamwanje (surtout avant qu’il ne quitte Maurice) et à d’autres barons mauriciens de la drogue peut difficilement être justifié par ces avocats. «Les prisonniers qui ont reçu la visite de ces avocats avaient déjà été ‘sentenced’. Donc les visites de ces hommes de loi ne s’inscrivent pas dans le cadre des ‘court proceedings’. De plus, ils n’ont fait aucune demande via notre service de welfare, et n’ont aucune lettre des prisonniers ou de leurs proches qui attesterait que leurs services étaient requis», nous ont confié des officiers de la prison centrale. Ils n’ont pas voulu parler de leurs collègues, qui auraient des liens avec les trafiquants. «Ena lamor ladan. Al guet bann avoka. Ici éna ti marsan, bann-la ki gro palto, ek ki dans devan gro rékin dan prison…»

Condamné à perpétuité

James Mukusa Kanamwanje a été condamné à perpétuité pour importation et trafic de drogue par le juge Peeroo, le 7 décembre 1997. Mais par un heureux concours de circonstances, il a regagné son pays d’origine en 2016. Il disposait des services de Me Ally Asgar Goomany et Me Dan Kissoon, attribués à l’époque par la cour.

James Mukusa Kanamwanje avait été intercepté à l’aéroport de Plaisance en compagnie d’un compatriote, Freddie Assimwe Katto, 32 ans. Ils avaient avalé 325,4 grammes (environ Rs 3 millions) et 280,6 grammes d’héroïne respectivement, avant de prendre l’avion à Nairobi.

Dan Kissoon, contacté par l’express, dit se souvenir vaguement de cette affaire. À l’époque, il revenait de ses études à l’étranger. «Je n’ai pas eu de ses nouvelles après son emprisonnement. À mon avis, il est déjà dans son pays. Après cette affaire, j’ai pris soin d’éviter les affaires de drogues», déclare-t-il.

Une mondialisation du trafic

Dans son dernier rapport annuel mondial sur les drogues, l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (UNODC) a démontré que malgré les millions de dollars alloués à l’éradication des cultures illicites et à l’arrestation des trafiquants, de plus en plus de personnes dans le monde se défoncent en raison d’un meilleur réseautage et de moyens technologiques de plus en plus sophistiqués.

D’après des estimations prudentes de l’UNODC, 246 millions de personnes dans le monde — c’est-à-dire une personne sur 20 — entre l’âge de 15 et 64 ans ont consommé une drogue illicite en 2013. Ce chiffre représente une augmentation de 3 millions de personnes par rapport à l’année précédente.

Plus inquiétant: 27 millions de personnes sont considérées comme des «usagers à problèmes». Seulement un toxicomane sur six a accès aux traitements appropriés. «Les avancées en matière de technologie, de transit et de transport ont amélioré la vitesse et l’efficacité de l’économie mondiale. Elles amènent également la même efficacité au commerce des réseaux de trafiquants.» En d’autres mots, la mondialisation a encouragé l’essor du trafic de drogue.

1,2 million d’héroïnomanes en Afrique

L’autre information notable que révèle le rapport de l’UNODC, même si elle n’est pas en soi une nouveauté, concerne la consommation de l’héroïne en Afrique. «On estime qu’il y a environ 1,2 million d’héroïnomanes en Afrique.» C’est l’Afrique de l’Est qui arrive en tête pour la consommation, suivie de l’Afrique du Nord, de l’Afrique australe, puis de l’Afrique centrale et de l’Ouest.

Et c’est à l’île Maurice que l’on trouve le plus d’adeptes des opiacés (1,9%), suivi du Kenya (0,7%) et de l’Égypte, tandis qu’on en consomme aussi en Afrique du Sud. À savoir que 92% du pavot – plante dont est tiré l’opium, puis l’héroïne – est produit en Afghanistan.

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